à propos de ce blog
Sur ce blog je vous parle de ma surdité, comment elle m’embête, comment parfois elle me fait bien rigoler, et surtout, comment je vis avec elle, toutes les secondes de ma vie.
Si vous êtes jeune parent, ce blog est pour vous. J’espère pouvoir vous donner la pêche, ou tout au moins un peu de projection pour votre môme.
Si vous êtes un passant curieux, ce blog est pour vous aussi. J’espère pouvoir vous donner un aperçu de mon vécu, et pourquoi pas vous donner quelques clefs si vous êtes amené à discuter / travailler / ou quoi que ce soit avec un sourd.
Autonomie, dépendance, suite et fin
Bon, ce que je vous ai raconté dans le post précédent est le fruit de pas mal d’années d’empirisme et de réflexions. Avant de pouvoir écrire ça, il y a eu quelques bonnes louches de je-me-fait-toute-petitage (je suis une fois rentrée de la Poste, le courrier non affranchi en main,n’ayant pas réussi à comprendre la dame du guichet) qui avaient pour conséquence des le-monde-n’est-pas-juste-pourquoi-je-ne-peux-pas-faire-des-choses-aussi-simples avec l’envie de m’enfuir dans un monde parallèle où la surdité serait le point commun de ses habitants, une furaxitude déversée devant ceux qui étaient pourtant les plus compréhensifs, à savoir la famille. (note : si la famille fut aussi compréhensive, c’est peut-être parce qu’elle m’a vue dans les états sus-mentionnés). Cette furaxitude est un mélange tout à fait subtil de rage, de frustration, d’envie et d’impuissance d’une jeune fille face à des situations quotidiennes méchamment banales, et que je pensais immuables.
J’étais persuadée en effet qu’à chaque fois que j’irai à la Poste je ferai répéter 4 fois la dame du guichet, que son regard changerait au fur et à mesure, et qu’au final je tournerai les talons, l’enveloppe toujours en main.
Si j’avais su qu’il existait des issues plus simples et plus constructives que celles que je vivais alors, ce blog existerait depuis bien plus longtemps
Autonomie, dépendance, suite
Je vous ai précédemment raconté comment un cours à l’école a fait bim dans ma tête et a généré un post ici-bas.
Je me suis toujours pliée à ces dépendances technologiques et humaines, car j’y ai très vite trouvé mon compte : le micro-HF me permet de suivre mes cours d’équitation sans erreurs d’aiguillage et la codeuse m’épargne une sacrée dose de fatigue et de stress à l’école. Je pense que le plus dur n’est pas tant d’avoir conscience de ces dépendances que de les afficher au vu et su de tout le monde. Si on décortique les mots :
-tout le monde : en fait, ce n’est pas tout le monde. De l’art de la distorsion psychologique.
- au vu et su : oui, faire venir une codeuse en classe, demander au professeur de porter le micro HF c’est dire, voire crier à l’entourage proche : “je suis sourde et je ne peux pas me débrouiller juste en m’asseyant sur ma chaise”.
- afficher : là ça devient intéressant. En demandant l’intervention d’une codeuse, en faisant participer le professeur via le port du micro HF je donne à voir ma surdité. La présence de la codeuse et du micro HF, en plus de leur apport qualitatif, sont des… cannes blanches. Ils donnent une dimension physique, tangible, à un handicap qui ne se voit presque pas.
Voilà, ce fut la théorie. Demain, la dépendance à coeur ouvert!
Autonomie, dépendance
Il y a quelques jours j’ai suivi une conférence sur les enjeux sociétaux liés au vieillissement de la population. Parmi beaucoup de choses tout à fait passionnantes une phrase s’est vraiment accrochée à mon petit cerveau. Elle vient d’un spécialiste du vieillissement, Bernard Ennuyer. Il y dit :
“L’autonomie n’est pas la non-dépendance, c’est la capacité à gérer ses dépendances selon ses propres choix”
Et bim!
Je ne suis pas encore très vieille mais par contre, j’suis bien handicapée. Et qui dit handicap dit peut signifier dépendance. Dans le cas de la surdité, on peut penser à la dépendance technologique par-exemple (que se passe-t-il si la pile de mon appareil auditif tombe en panne alors que je suis en pleine discussion?), à la dépendance aux aides humaines (le besoin de codage LPC, de vélotypie), et bien sûr aux autres. J’ai besoin d’eux, qu’il s’agisse de demander à mon comparse de la ligne 5 ce que le conducteur vient d’annoncer dans le micro ou bien de faire répéter mon ami pour savoir pourquoi tout le monde se bidonne. Enfin bon, ça c’est personnel : je veux toujours savoir pourquoi tout le monde rigole. (et je rigole 5 minutes après, une fois le silence rétabli) (et donc tout le monde re-rigole).
Je vous raconte comment j’ai vécu et comment je vis cette (idée de) dépendance dans un prochain post!
séraphin (pas lampion)
…je veux vous parler de quelqu’un, entendant. Appelons-le Séraphin.
Séraphin, qui est une personne pour qui j’ai une profonde estime, lit les œuvres philosophiques des Lumières aussi bien que les compte-rendus des dernières découvertes scientifiques, discute avec un inconnu avec la même chaleur et humilité qu’avec le président du Sénat. Il aime les humains, qui le lui rendent bien. Il a cette intelligence qui lui permet de comprendre autant ce qu’on lui dit que la nature des personnes qui lui parlent. Il n’aime pas la bagarre, ni les egos démesurés. Séraphin est quelqu’un d’une intelligence rare, d’une humilité profonde et d’une empathie sincère.
Hé bien, quand Séraphin, après un mois de stage chez lui, m’a demandé si je considérais encore ma surdité comme un handicap, j’ai fait un bond, des larmes ont sauté à mes yeux : “putain, bien sûr que oui!…”
D’où ce blog.
J’ai compris, le jour où Séraphin m’a posé cette question, qu’avec toute l’intelligence et toute l’empathie du monde, ça peut rester très difficile de comprendre et d’imaginer ce qu’est la surdité – tant qu’on ne la vit pas soi-même.
J’espère ne pas commettre ici l’erreur de jeunesse, dis-je du haut de mes 22 ans, qui consiste à croire, lorsqu’on est aux anges, qu’on est le seul sur la Terre à être aussi heureux, et inversement, le seul être de l’Univers à être si malheureux lorsqu’on a le moral dans les chaussettes. On est bien d’accord, il n’est jamais facile de se mettre à la place de l’autre, de savoir ce qu’il ressent. La plus grande des prétentions est certainement de croire savoir ce que l’autre ressent, et le plus grand des handicapés est celui qui ne sait pas faire preuve d’empathie.
Je veux ici, sur ce blog, parler de ma surdité dans sa complexité, dans sa beauté et dans sa chiantitude. Oui, j’ai écrit chiantitude ma, car il y a autant de façons de vivre la surdité que de sourds, et je ne voudrais pas représenter -même involontairement- des sourds qui ne se reconnaissent pas dans ce que je dis. Les commentaires sont bien sûrs activés, que le dialogue commence! Que vous soyez dur de la feuille ou que vous ayez l’oreille absolue, que vous préfériez plutôt l’ouzo au chocolat chaud, que vous portiez des chaussettes ou des soquettes, venez, discutons!
salut la compagnie